Tom et Bill étaient déjà rentrés depuis longtemps à la clinique tandis que les autres se baladaient encore au marché. Comme Tom ne voulait pas laisser Bill seul, il le suivit dans sa chambre. Sur l'emploi du temps, il était l'heure des activités communes de toute manière. Du coup, Bill ne pouvait pas s'y opposer.
Bill, qui ne voulait plus lâcher son chien, retira sa veste et déposa le sac de biscuits qui était encore à moitié rempli sur la table de nuit. Il s'assit ensuite sur le rebord de la fenêtre avec bien sûr le caniche dans les bras, et regarda au dehors, dans l'obscurité.
Le responsable du garçon aux cheveux noirs retira sa veste à son tour et la posa sur le dossier de la chaise de bureau.
« Est ce que la soirée t'a plu, Bill ? » demanda-t-il immédiatement a son protégé, étant donné qu'il ne voulait pas perdre de temps pour aider Bill. Et après tout, il n'y a qu'en lui parlant et en essayant de se rapprocher de lui qu'il pouvait le faire.
« Oui » émit Bill, absent, en continuant de fixer l'extérieur. Il semblait observer la neige qui était en train de tomber tout doucement du ciel.
« Penses-tu que nous pourrions refaire quelque chose comme ça ? Tout les deux ? Sortir quelque part ? » Tom s'avança plus près vers Bill et s'arrêta derrière lui.
Bill semblait réfléchir à la question. Jusqu'à ce qu'il réponde par un « Non ». Cette réponse surpris un peu Tom. Bill ne voulait-il vraiment rien entreprendre avec lui ?
« Pas le droit » murmura Bill en caressant son chien sur la tête comme si c'était un vrai.
« Tu n'as pas le droit de sortir ? Madame Reiser n'autorise-t-elle aucune petite excursion ? » Bill secoua la tête, le regard encore et toujours dirigé vers l'extérieur.
« Dangereux » Cela éclaira alors Tom. Lors d'une telle action, Bill aurait pu s'enfuir ou il aurait pu se passer quelque chose. Mais est-ce que ça ne pourrait pas faire du bien à Bill de pouvoir sortir de temps en temps ?
Tom posa sa main sur l'épaule de Bill comme il l'avait déjà fait sur le chemin du marché de Noël. Bill frémit à ce contact.
« Non » murmura-t-il alors avec crainte, avant de se recroqueviller encore plus contre la fenêtre. Tom retira immédiatement sa main.
Le responsable se mit à réfléchir sérieusement. Bill n'avait peur qu'auprès de lui ou auprès d'autres hommes ou jeunes hommes. Le garçon qui l'avait touché la veille au déjeuner avait effrayé Bill. Et avec Tom aussi il frémissait souvent. Il n'y avait qu'avec les femmes qu'il était différent. La directrice de la clinique avait souvent touché Bill au marché de Noël. Même si ce n'était que brièvement. Elle l'avait même pris dans ses bras le jour où Tom était arrivé ici. Même la psychologue de Bill avait pu plusieurs fois caresser la main de Bill.
« Tu n'aimes ni les hommes ni les gars, n'est ce pas ? ». Bill secoua la tête, paniqué. Il avait incroyablement peur, ce qui mit Tom très mal à l'aise. Il voulait se rapprocher de Bill, pas l'effrayer.
« Est ce que un homme ou un garçon t'as déjà fait du mal ? » C'était très risqué de la part de Tom d'avoir poser cette question de façon aussi directe. Mais après tout il fallait qu'il apprenne d'une façon ou d'une autre ce qui était arrivé à Bill. Alors il saurait au moins comment se comporter avec son patient.
Bill ne répondit pas à cette question. Il se contenta de se blottir contre la vitre, encore plus inquiet, et se mit même à sangloter. Il murmura quelque chose que Tom ne comprit pas. Cependant, Tom comprit clairement que Bill parlait dans une autre langue. Le chien en peluche fut serré très fort contre le corps frêle.
« Hey Bill. N'ai pas peur. Je ne te ferai rien. Et tu n'es pas obligé de répondre à la question si elle te met mal à l'aise ou qu'elle te fait peur. » Même cela ne calma pas le garçon. Il se mit à trembler encore plus fort et avait les yeux complètement écarquillés. De la panique ! C'était tout ce que Tom pouvait discerner dans ses yeux.
« Bill s'il te plait. Ecoute-moi. Je ne te ferai rien. » Tom ne savait pas vraiment quoi faire. Bill avait peur de ses contacts. Alors il évita de toucher le garçon aux cheveux noirs à ce moment précis. Il préférait essayer de calmer le garçon avec des mots.
Bill continuait toujours de bafouiller quelque chose pour lui-même. Tom savait exactement ce qui lui arrivait. Il était sûrement prisonnier de son passé. Il devait endurer à nouveau des choses qu'il avait déjà vécues. Ce qui est arrivé un jour, remonte à la surface et le replonge alors mentalement dans cette époque.
« Bill! C'est moi, Tom. Tu m'entends ? » Au lieu d'écouter la voix de Tom, Bill se mit à trembler un peu plus, cramponnant fermement ses propres mains à ses cuisses. Il avait laissé tomber le chien. Ses yeux étaient encore grand ouverts alors qu'il regardait fixement au dehors.
SUITE
Tom était au bord du désespoir. Avait-il bouleversé le garçon par cette simple question ? Ou lui avait-on déjà posé cette question ? Peu de temps avant qu'il se passe quelque chose d'atroce ? Tom ne le savait pas mais il voulait le découvrir.
Etant donné que Bill n'arrivait plus à se calmer, Tom prit finalement le garçon dans ses bras et serra le corps tremblant contre lui. Bill ne s'y opposa même pas tellement il était prisonnier de son « rêve ».
Avec beaucoup d'effort, Tom réussit à soulever le corps en crise du garçon dans ses bras et à l'amener jusqu'à son lit. Bill y continua à trembler. Il se tordait aussi légèrement sur son lit.
Tom s'assit rapidement aux cotés de Bill, continuant d'essayer de le calmer.
« Chht Bill. Je suis avec toi. Tu entends? » Ils se passèrent encore quelques minutes sans changement, durant lesquels Bill chuchotait des mots incompréhensibles pour Tom. Il se passa un long moment avant que Bill s'arrête de trembler à ce point. Mais il fini par se calmer. Très lentement, certes, mais il y parvint.
Bill tremblait de moins en moins. Ses yeux étaient fermés. Il ne parlait plus non plus, et ne semblait plus aussi paniqué, que quelques instants auparavant.
Tom berça légèrement Bill dans ses bras, observant son patient endormi. Cette crise l'avait beaucoup choquée. Tellement qu'il venait de remarquer qu'il avait à présent lui-même les larmes aux yeux.
Il avait eu terriblement peur de ne pas réussir à calmer Bill. Mais il y était parvenu. Il rallongea doucement Bill sur le lit pour aller chercher le chien qui reposait sur le sol et l'apporter à Bill.
Il borda avec précaution le garçon aux cheveux noirs et lui mit le chien dans les bras avant d'éteindre la lumière et de s'asseoir par terre devant le lit.
Il ne voulait pas que Bill passe la nuit seul. Au cas où il refaisait une telle crise. Il préférait veiller. Au moins jusqu'à ce que Bill se réveille dans la nuit et le flanque à la porte.
Il prit la main de Bill et lui y souffla un court baiser
***
L'aîné se réveilla en pleine nuit, lorsqu'il entendit un léger gémissement. Il se redressa immédiatement sur le sol et essaya et distinguer qui était en train de pleurer. C'était bien sûr Bill qui était allongé sur son lit, recroquevillé, pleurant pour lui-même.
« Bill ? Qu'est-ce que tu as ? » Tom tendit tout doucement la main vers lui, mais le garçon au cheveux noirs se recula d'un bond.
« Non. » dit-il, paniqué, en regardant Tom. « Pas de sexe... s'il te plait » chuchota le garçon, tremblant, en regardant toujours son responsable dans les yeux avec inquiétude. Ces mots frappèrent Tom de plein fouet. Bill croyait qu'il voulait coucher avec lui ? Pourtant, s'il était là, c'était uniquement pour s'occuper de lui.
SUiite !!
« Mais non Bill. Je ne veux pas coucher avec toi. Tu as eu une crise tout à l'heure, du coup je t'ai ramené dans ton lit. Je ne voulais pas te laisser seul, au cas où quelque chose de ce genre se reproduise. » Dit Tom à Bill en le regardant dans les yeux avec sincérité.
« Madame Reiser est passée tout à l'heure pour te voir. Tu dois prendre ces comprimés si tu as peur à nouveau. Tu en veux un ? » Tom tendit à Bill le paquet de sédatifs pour qu'il puisse en prendre un si nécessaire.
Bill se jeta sur la boite et la déchira littéralement. Il sortit quelques pilules de l'emballage plastique et s'apprêta à toutes les avaler d'un coup. Mais Tom l'en empêcha. Très prudemment, il retint la main de Bill, ce qui le fit émettre à nouveau un léger « Pas de sexe ».
« Je ne veux pas coucher avec toi, Bill. Mais ça fait trop de comprimés. Un seul. Tu ne dois pas en prendre plus, ok ? » Bill secoua la tête et voulu libérer sa main. Sur ce, Tom lui enleva simplement les comprimés de la main de sorte que son protégé n'avale pas trop de médicaments. Puis il lui donna un comprimé.
Bill l'avala avec avidité en se redressant. Il s'était remit à trembler un peu, mais cette fois au moins, il était totalement conscient. Même s'il était de nouveau un peu paniqué.
« Ecoute, Bill. Je veux t'aider. Pas te faire de mal. » Bill regardait Tom dans les yeux, écoutant son responsable avec attention, puis il hocha la tête, signe qu'il avait compris. Tom s'assit tout doucement au bord du lit. Ce qui fit à nouveau reculer Bill d'un bond, tirant le drap sur lui.
« N'ai pas peur. Je ne te ferai rien. Est-ce qu'il faut que je m'assoies plus loin ? Au bureau ? » Bill acquiesça. La proximité lui était insupportable. « Mais en revanche on va parler, ok ? » Bill hocha la tête avec hésitation à cette question.
Tom fit exactement ce qu'il avait promis au garçon. Il se leva et prit place au bureau. « Tu pensais que je voulais coucher avec toi ? » demanda Tom directement à son patient vu qu'il pouvait maintenant à peu prêt s'imaginer pourquoi Bill avait aussi peur.
« Oui » répondit Bill tout bas, remarquant à présent le chien allongé à ses côtés sur le lit. Il l'attrapa rapidement et le serra à nouveau contre lui.
« Est-ce qu'on t'a déjà forcé à coucher ? » A cette question ; Bill se crispa de nouveau brusquement et regarda Tom, paniqué. « Tu n'as toujours aucune raison d'avoir peur. Tu dois seulement répondre. Je ne te ferai rien après évidemment. Promis. »
Bill détourna son regard de Tom, regardant exclusivement sur le coté. On voyait vraiment que ça travaillait dans sa tête. Il n'avait pas du tout l'habitude qu'un aide-soignant lui répète aussi souvent qu'il ne lui ferait rien. Tom était peut-être bien différent des autres.
Ce n'est qu'au bout de quelques minutes que Bill finit par hocher la tête avec hésitation. Cette question le mettait très mal à l'aise, certes, mais après tout, Tom venait de lui promettre qu'il ne lui ferait rien après. Cependant il avait un peu peur que son responsable fasse de nouveau la même chose que ce que les autres avaient fait après avoir obtenu cette réponse.
« Je suis désolé. Tu n'as pas mérité ça. Mais maintenant je comprends pourquoi tu es aussi craintif. Par rapport à moi. » A vrai dire, Tom savait déjà depuis le début que Bill avait été violé. Sinon il ne serait pas ici, dans cette clinique.
« Est-ce que ça t'est arrivé souvent ? » Tom savait que cela ne plaisait pas à Bill de répondre à ce genre de questions. C'est pourquoi il lui dit aussi qu'il pouvait à tout moment dire s'il ne voulait plus parler.
« Oui. Souvent. Encore et encore. » dit Bill en regardant toujours sur le coté. Il semblait attendre quelque part que Tom fasse quelque chose.
« Tu as également peur de moi. Mais je ne te ferai rien. Ce qui t'est arrivé, ça s'est pourtant passé il y a longtemps, non ? Avant que tu arrives à la clinique. Ici, personne ne t'a encore jamais rien fait. Alors tu n'as pas de raison d'avoir peur ici. » Tom n'en était évidemment pas certain. Mais puisque Madame Reiser ne lui avait rien mentionné à propos d'un autre viol au sein de la clinique, il partait du principe que ça devait remonter à loin. Mais au grand étonnement de Tom, Bill secoua la tête.
« Ici. Mon lit. Encore et encore. » chuchota Bill en se recroquevillant contre mur. Tom regarda son protégé d'un air terrifié. Que voulait-il dire par là ? Qu'on l'y avait forcé ici, dans son lit ? Mais c'était impossible.
« Quelqu'un t'a violé ici, dans ton lit ? » Muet, Bill hocha la tête, puis il murmura encore un léger « Encore et encore ».
@ Sandy: Mais qui a dévoilé quoi ?